EXERCICE 2.
Pour tout entier naturel non nul, on note :
- {\cal M}_n(\mathbb R) l'ensemble des matrices carrées de taille n à coefficients réels;
- I_n la matrice identité de {\cal M}_n(\mathbb R) et 0_n la matrice nulle de {\cal M}_n(\mathbb R).
Une matrice W\in{\cal M}_n(\mathbb R) est dite nilpotente s'il existe q\in\mathbb N^* tel que W^q=0_n.
On admettra que si U,V sont deux matrices de {\cal M}_n(\mathbb R) qui commutent alors :
- U^k et V^q commutent pour tous entiers k et q;
- U^{-1} commute avec V lorsque U est inversible.
1. Deux résultats préliminaires.
(a) Soit U\in{\cal M}_n(\mathbb R) et q\in\mathbb N^* tel que U^q=0_n. Prouver que I_n-U est inversible et que (I_n-U)^{-1}=\sum_{k=0}^{q-1}U^k.
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En utilisant le fait que U^q=0 on a que :
(I_n-U)\sum_{k=0}^{q-1}U^k=\sum_{k=0}^{q-1}U^k-\sum_{k=1}^{q}U^k=I_n-U^q=I_n
donc \sum_{k=0}^{q-1}U^k est bien l'inverse de I_n-U.
(b) Soit A\in{\cal M}_n(\mathbb R) telle que A(A-I_n)=0_n. On désigne par f l'endomorphisme de \mathbb R^n dont la matrice dans la base canonique de \mathbb R^n est A.
Soit x\in\mathbb R^n. Vérifier que x-f(x)\in Ker(f) et f(x)\in Ker(f-Id) puis établir que \mathbb R^n=Ker(f)\oplus Ker(f-Id). L'endomorphisme f est-il diagonalisable?
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On rappelle que l'égalité matricielle A(A-I_n) se traduit par fo(f-Id)=0. Par conséquent f(x-f(x))=-f(f(x)-x)=-fo(f-Id)(x)=0 et donc x-f(x)\in Ker(f), de même (f-Id)(f(x))=fof(x)-f(x)=fo(f-Id)(x)=0 donc f(x)\in Ker(f-Id).
Pour la somme directe, on observe déjà que pour tout x\in\mathbb R^n, x=(x-f(x))+f(x)\in Ker(f)+Ker(f-Id) d'après ce qui précède, donc \mathbb R^n=Ker(f)+Ker(f-Id). D'autre part si x\in Ker(f)\cap Ker(f-Id), f(x)=0 et f(x)-x=0 donc x=f(x)=0. Il suit que Ker(f)\cap Ker(f-Id)=\{0\} et donc la somme est directe.
2. Etude d'une suite de matrices.
Soient B\in{\cal M}_n(\mathbb R) et N\in\mathbb N^* tels que :
(B(B-I_n))^N=0_n.
On introduit la suite (B_k)_{k\in\mathbb N} de matrices de {\cal M}_n(\mathbb R) définie par :
B_0=B\in{\cal M}_n(\mathbb R)\text{ et }\forall k\in\mathbb N,B_{k+1}=(B_k)^2(2B_k-I_n)^{-1}.
On considère pour tout entier k\geq 0 la proposition
\begin{align*}
&({\cal H}_k):"2B_k-I_n\text{ est inversible, il existe }C_k,D_k\in{\cal M}_n(\mathbb R)\text{ tels que }\\
&B_k-B=[B(B-I_n)]C_k\text{ et }B_k(B_k-I_n)=[B(B-I_n)]^{2^k}D_k\\
&\text{ avec }B_kB=BB_k,C_kB=BC_k\text{ et }D_kB=BD_k"\end{align*}
(a) Justifier que I_n-(2B-I_n)^2 est nilpotente et que 2B-I_n est inversible. En déduire que la propriété ({\cal H}_0) est vraie.
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En développant, on montre facilement que
I_n-(2B-I_n)^2=-4B(B-I_n)
mais par hypothèse B(B-I_n) donc I_n-(2B-I_n)^2 également. Maintenant comme cette matrice est nilpotente, il existe un entier naturel p tel que (I_n-(2B-I_n)^2)^p=0. Comme toutes ces matrices commutent, on peut développer avec la formule du binôme de Newton
0=(I_n-(2B-I_n)^2)^p=\sum_{k=0}^p(-1)^k(2B-I_n)^{2k}=I_n+\sum_{k=1}^p(-1)^k(2B-I_n)^{2k}
et donc que
(2B-I_n)(-\sum_{k=1}^p(-1)^k(2B-I_n)^{2k-1})=I_n
d'où l'inversibilité de 2B-I_n.
Pour ({\cal H_0}), on observe que 2B_0-I_n=2B-I_n est inversible et que l'existence de C_0 et D_0 est garantie en posant C_0=0 et D_0=I_n.
(b) On suppose la propriété ({\cal H}_k) vraie pour un entier k\geq 0. Montrer que :
\begin{align*}
2B_{k+1}-I_n &= [I_n+2B_k(B_k-I_n)]\times[2B_k-I_n]^{-1}\\
B_{k+1}-B &= [(B_k-B)^2-(B^2-B)]\times[2B_k-I_n]^{-1}\\
B_{k+1}(B_{k+1}-I_n)&=[B_k(B_k-I_n)(2B_k-I)^{-1}]^2
\end{align*}
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Il suffit de remplacer B_{k+1} par B_k^2(2B_k-I_n)^{-1} et de factoriser convenablement. Pour la factorisation, il pourra être utile de penser au fait que I_n=(2B_k-I_n)(2B_k-I_n)^{-1}.
En déduire que la propriété ({\cal H}_{k+1}) est vraie.
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En remplaçant dans la deuxième et la troisième égalité les expressions connues de ({\cal H}_k), on montre facilement l'existence de C_{k+1} et D_{k+1} en fonction de C_k et D_k. Les propriétés de commutativité se justifient à l'aide du préambule. Par contre l'inversibilité de 2B_{k+1}-I_n demande un peu plus d'effort. D'après ({\cal H}_k) on sait que B_k(B_k-I_n)=[B(B-I_n)]^{2^k}D_k, mais comme B(B-I_n) est nilpotente, c'est aussi le cas de B_k(B_k-I_n) par commutativité de toutes ces matrices. Donc d'après 1.(a) on en déduit que I_n+2B_k(2B_k-I_n) est inversible, et comme 2B_k-I_n est de fait inversible, on a que 2B_{k+1}-I_n=[I_n+2B_k(B_k-I_n)]\times[2B_k-I_n]^{-1} est inversible, ce qu'on voulait démontrer.
(c) Prouver l'existence d'un entier p tel que : B_p(B_p-I_n)=0_n. Etablir que la matrice B_p est diagonalisable, que la matrice B-B_p est nilpotente et que : \forall k\geq p,B_{k+1}=B_k.
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D'après 2.(a) et 2.(b), on a démontré l'hérédité et l'initialisation de la preuve par récurrence de ({\cal H}_k). Donc ({\cal H}_k) est vraie pour tout k\in\mathbb N. Comme B(B-I_n) est nilpotente, il existe p tel que (B(B-I_n))^{2^p}=0 donc par ({\cal H}_p), B_p(B_p-I_n)=0 ce qui prouve le premier point.
Maintenant d'après la question 1.(b) un endomorphisme f associé à B_p vérifie \mathbb R^n=Ker(f)\oplus Ker(f-Id), c'est à dire que les sous espaces propres de f (de valeurs propres 0 et 1) sont supplémentaires donc f est diagonalisable et B_p aussi.
Toujours d'après ({\cal H}_p) B-B_p=-[B(B-I_n)]C_p mais comme toutes les matrices commutent et que B(B-I_n) est nilpotente B-B_p est donc nilpotente.
En utilisant la relation établie en 2.(b) qui dit que B_{k+1}(B_{k+1}-I_n)=[B_k(B_k-I_n)(2B_k-I_n)^{-1}], et en utilisant la comutativité et le fait que B_p(B_p-I_n), on montre facilement par récurrence que B_k(B_k-I_n)=0 pour k\geq p. En revenant à la définition de la suite B_k, on a pour k\geq p
B_{k+1}-B_k=B_k^2(2B_k-I_n)-B_k=-B_k(B_k-I_n)(2B_k-I_n)^{-1}=0
et donc la suite est constante pour k\geq p.


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- Intégrales \int_a^b f(t)dt : \int_a^b f(t)dt
- Somme \sum_{i=1}^n u_i : \sum_{i=1}^n u_i
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